• grand-mère

     

    GM

     

    Petite, j'ai été très envieuse de mes amies qui me racontaient leurs dimanches chez Papi & Mamie. Quand on me parlait des super gâteaux cuisinés par Mamie, je ne comprenais pas, moi qui n'avais jamais vu ma grand-mère derrière un fourneau. Quand une grand-mère venait chercher l'une de mes amies à la sortie des classes, je ne comprenais pas, moi qui voyais ma grand-mère seulement quelques fois par an. Pendant longtemps, j'ai été jalouse, mais aujourd'hui, je crois que c'est tout le contraire.

     

    Je me souviens, et peut-être que certains d'entre vous aussi, des fameuses vacances de la Toussaint parisienne des filles Bardet. A tour de rôle, nous avions le droit d'aller passer quelques jours à Paris durant nos vacances. Il fallait donc attendre trois ans pour revenir. Je ne sais même pas combien de fois j'y suis allé, dans mon souvenir, c'était des millions de fois. Probablement parce que ça me remplissait toujours de tas de souvenirs. Je me sentais privilégiée, d'être la petite-fille de ma grand-mère pour une semaine. J'ai encore quelques souvenirs. La robe qu'elle m'avait offerte, rouge en velours avec une petite frise avec des flocons de neige. Le jour où elle m'a amené manger à ce restaurant sur les Champs-Elysée, Flora d'Anica me semble-t-il, simplement parce qu'il y avait mon prénom dans le nom du restaurant. Je vois encore l'intérieur blanc, avec les miroirs et les lumières. Je me rappelle aussi de Lise, dont j'ai toujours la boîte de crayons couleur qu'elle m'a offerte, elle qui disait que je dessinais bien. Mais est-ce simplement de ces détails dont je me souviens?

     

    Peut-être. Je me souviens des murs de l'entrée de l'appartement, avec tous ces personnages que je redécouvrais chaque fois que je venais. Je me souviens de l'odeur de ma grand-mère quand je l'embrassais. Je me souviens de son bureau rempli de livres immenses, et je ne cessais de me demander si elle les avait vraiment tous lus. Je me souviens des pléiades dans la salle à manger qui plus tard m'ont fait rêver. Je me souviens du canapé bleu sur lequel ma grand-mère s'asseyait, toujours à la même place. Je me souviens de la photo d'elle avec Guillaume, Marie-Sylvie et mon père, lorsqu'ils étaient plus jeunes, et je me souviens me dire que ma grand-mère était très belle. Je me souviens du couloir, avec les armoires remplis de cassettes et de DVD. Je me souviens des biscottes que mangeait ma grand-mère. Et pour moi, ma grand-mère, c'est ça. C'est tous ces détails. Et je pense que vous vous souvenez de tout ça aussi.

     

    Je regrette de ne pas l'avoir connu lorsque que j'étais plus âgée, pour lui parler autant que je l'aurais voulu. Quand on est petit, votre grand-mère est juste votre grand-mère, une personne de votre famille que vous allez voir et avec qui vous vous sentez chérie. En grandissant, j'ai compris que ma grand-mère était aussi une personne, une femme, une docteure, quelqu'un qui aujourd'hui m'inspire. Je ne cesse de le dire, mais si j'avais eu un filon scientifique, j'aurais adoré être psychiatre. Mes amies s'amusent toujours de me voir m'intéresser aux maladies mentales. Mais j'aime me dire que ma grand-mère m'a inspiré l'intérêt que j'y porte, et j'aime penser à elle quand je lis quelque chose sur le sujet. J'aime me dire que ma grand-mère était une femme qui devrait tous nous inspirer, dont l'intelligence et la combattivité lui a donné la vie qu'elle méritait, la vie qu'elle voulait.

     

     

    Quand mon père m'a dit que j'avais bien connu ma grand-mère, au fond, j'aimerais répondre : j'aurais aimé la connaître encore plus longtemps. 

     

    Flore